Le 3 mai 2026, après près de cinq années de procédures, de reports successifs et d’incertitudes, la Cour d’Alger a rendu son verdict dans l’affaire dite des 49 détenus d’opinion kabyles.
Ce procès, ouvert en 2021 sur la base de l’article 87 bis, est devenu l’un des symboles les plus marquants de la répression politique visant les militants kabyles.
Les décisions rendues constituent un moment rare dans le paysage judiciaire algérien : une série d’acquittements massifs et des peines confirmées mais déjà purgées, permettant à de nombreux militants de recouvrer leur liberté.
⚖️ Un verdict contrasté mais historique
✔️ Acquittements en série
La Cour a prononcé l’acquittement de nombreux militants, parmi lesquels :
Abdeslam Abdenour, Mira Moknache, Lounes Hamzi, Mustapha Akouche, Kaci Akouche, Madjid Bentaleb, Redouane Noureddine, Larbi Yahioun, Hakim Khebzaoui, Toufik Boulkaria, Hocine Bouhala, Faouzi Benyakhlef, Tahar Amichi, Nadir Chelbabi, Mouloud Mebarki, et d’autres encore.
Ces relaxes concernent des accusations telles que atteinte à l’unité nationale ou diffusion de fausses informations.
✔️ Peines confirmées mais déjà purgées
Pour d’autres militants — Bouaziz Aït Chebib, Hocine Azem, Amichi Tahar, Rezik Zouaoui, Bechakh Lahlou, etc. — les peines de 18 mois dont 4 avec sursis ont été confirmées, mais entièrement couvertes par la détention provisoire déjà effectuée, ce qui signifie leur maintien en liberté.
âť— Le cas particulier de Mira Moknache
Bien qu’acquittée dans ce dossier, Mira Moknache reste incarcérée, car elle est poursuivie dans deux autres affaires liées à ses opinions politiques. Elle est détenue depuis juillet 2024.
🕊️ Un souffle d’espoir dans un climat répressif
Pour les familles, les avocats et les organisations de défense des droits humains, ce verdict représente une victoire arrachée après des années d’angoisse.
Me Yamina Alili a salué une décision qui « permet à un nombre important d’ex‑détenus de voir leur innocence reconnue ».
Cependant, les observateurs restent prudents :
- plusieurs acquittés restent poursuivis dans d’autres dossiers,
- environ 250 prisonniers d’opinion demeurent incarcérés en Algérie.
📌 Analyse : un tournant ou une parenthèse ?
Ce verdict fissure, au moins symboliquement, la logique répressive qui prévalait depuis 2019.
Il montre que la mobilisation des familles, des avocats et de la diaspora kabyle peut infléchir la mécanique judiciaire.
Mais il révèle aussi les limites du système :
- multiplication des dossiers parallèles,
- maintien en détention malgré les acquittements,
- usage politique de l’article 87 bis.
La décision du 3 mai 2026 ouvre une brèche, mais ne met pas fin à la criminalisation de l’engagement kabyle.
📝 Conclusion
La fin du procès des 49 détenus d’opinion kabyles restera comme un moment charnière :
un mélange de soulagement, de prudence et de lucidité.
Si la justice a enfin reconnu l’innocence de nombreux militants, la lutte pour la liberté d’expression et la dignité en Kabylie est loin d’être terminée.

